Je me souviendrai de Mélissa. Elle cache au début son visage derrière des cheveux qui tombent ondulés. Elle travaille dans un magasin confronté aux regards des autres. Elle sort de plusieurs opérations dont de chirurgie plastique. Elle a eu la mâchoire détruite par un accident. Sur une photo, on la voit sur une chaise roulante, la bouche édentée. Après cet accident où est mort sa copine de lycée Edith, elle est devenue une autre Mélissa. Un chauffard ivre passait par là sur une route triste de Chalon sur Saone. Il a 23 ans et témoigne de ce jour maudit, de son geste impardonnable. Tzigane, il a rencontré dieu depuis. Son épouse dit qu'il doit payer pour la mal qu'il a causé. Il s'apprête à se rendre au tribunal puis en prison avec les photos d'une de ses filles. Mélissa a mis longtemps à se reconstruire. Elle a tenu un journal. On y apprend qu'elle demanda à son père dans quel état était la voiture. Il a pris un mouchoir et l'a froisé. Depuis, elle a voulu toujours cacher sa tristesse, les blessures de son visage et celle de l'intérieur. Après le procès, 1 an et le reste du sursis pour le responsable de l'accident, Mélissa, l'autre Mélissa, celle qui a grandi plus vite : "Je n'ai pas connu l'insouciance, boire et sortir..." témoigne dans les écoles. Elle a le visage plus dégagé, "avant j'étais moche, maintenant je m'en fout". Elle parle de ce qui lui est arrivée. Elle n'est plus la Mélissa dont on disait "c'est celle qui a eu un accident"; elle va avoir un enfant, une fille.