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Je me souviendrai de l'avocat de Sohane citant Malraux, l'oraison de l'écrivain en l'honneur de Jeanne d'Arc : "Le tombeau de Sohane, c'est le coeur de ses soeurs, le coeur de son père...", demandant un verdict "qui fasse taire les applaudissements qui soutenaient Derrar lors de la reconstitution de l'assassinat en octobre 2002. Sohane avait dix-sept ans et menait une vie rude. Ce qui ne l'empêchait pas de "rester sérieuse" comme disent ses amies. Non elle n'était pas l'amoureuse de Derrar comme celui-ci l'affirme. Pas un crime passionnel. Juste l'orgueil d'un coq de banlieue. Il avait été battu par le vrai copain de Sohane, Issa, un grand black. "C'était ma fiancée"dit-il. Derrar avait voulu se venger sur Sohane. Lui interdire d'abord la cité Balzac, puis lui faire peur en l'aspergeant d'essence et en "jouant" avec son briquet. Il l'avait enflammé et laissé mourir devant le local à poubelles qui puait la pisse. Le meutrier a tenté de montrer sa peine mais n'a pas convaincu. Il a traité les amies de Sohane "d'engraineuses". Celles qui poussent Sohane à jouer la rebelle, à faire des bêtises, voler et fumer du shit. Mais Sohane est plutôt une jolie fille qui a perdu sa mère à sa naissance. Elle est souvent dehors pour fuir sa belle-mère jalouse. Pas une Cosette mais une adolescente de 17 ans qui aimait la vie, les fringues, des accessoires avec des dentelles. "Elle s'est mise à coudre une jupe rouge horrible" mais qui lui plaisait bien. Elle se coiffait tantôt avec des nattes, tantôt avec des cheveux lâchés teints. Elle avait été orientée vers un BTS de secrétariat mais finalement préférait devenir esthéticienne ou chanteuse. Elle aimait écouter Lara Fabian. Une fille saine rattrapée par la banalité et la cruauté d'une petite frappe de banlieue. Un type qui demandait le respect, qui a transformé une jeune fille en torche vivante, et qui écope de 25 ans de prison.